Triomphe de Juan Bautista qui conforte ses lettres de noblesse à la feria
et consécration de Thomas Joubert.
Deux tiers d'arène. Nuages, petit air forcissant à soutenu, parfois gênant pour les toreros. Ambiance agréable dans les tendidos, les
deux figuras ne pouvaient faillir, les taureaux supposés de garantie raisonnable, que demander de plus sinon espérer. En fait et en tauromachie
la vérité n'est pas toujours assurée, même si&des taureaux engagés, Victoriano del Rìo et Cortès on espérait
confiance jusqu'à ce que se présente un taureau entre délicat et assassin, le premier Cortès. Le second du même fer eut l'honneur
de clore la matinale, il le fit remarquablement : annoncés entre 504 et 541 ks les uns et les autres procurèrent émotions et sensations
diverses.
Cérémonie de confirmation d'alternative, spécialité nîmoise, comme la brandade, un savant mélange de morue et de purée
de pomme de terre, mais je m'égare. Une affaire d'Arlésiens, Juan Bautista et Thomas Joubert l'impétrant, rencontre arbitrée par le bon
JM Manzanares, témoin, et voilà l'affaire lancée.
Thomas Joubert.
De blanc immaculé et or. Célébration, faena à peine initiée, le choc, corps inerte, angoisse, infirmerie, angoisses. Une heure
plus tard, plus livide que le costume, Thomas Lazare réapparaît. Avis, recibir : deux oreilles.
Thomas, en pleine jeunesse c'était Pâques 2011, l'alternative en Arles, sa ville, prêt à s'épanouir, fauché par la corne,
drame familial en sus, il disparut des paysages taurins, pendant quatre ans. Timidement il réapparut l'an passé, un jour de tourmente à
Saint Martin de Crau, puis, conforté par Alain Moncouquiol (Nimeño I) il reprit espoir et ambitions. Simon Casas toujours à la recherche
d'alternatives ou (et) de confirmations dignes de son arène lui fit confiance et le revoilà échangeant muleta et capote avec Juan Bautista,
comme le jour où El Juli, Manzanares déjà témoin&le taureau frappe à nouveau, un Cortès celui là, du type probon comme on dit outre Pyrénées, qui fait semblant puis qui charge à la recherche de ce qu'il sait déjà caché
derrière le chiffon rouge .
Revoilà Thomas, rapide seconde manche de cérémonie &et second Cortès, un brave à trois piques. Statuaires de marbre,
majestueux, oublieux de ce qui n'est plus qu'une péripétie, stoïque, livide encore il use de la muleta si proche du mufle, plus encore et
les étagères muettes retiennent leur souffle, il s'installe près des barrières, offre aux occupants médusés huit naturelles
de face absolue, pieds joints, lentement, plus lentement encore, il catéchise le frère du tueur déjà pardonné, il se profile lame
fermement proposée vers l'avant, d'un recibir impeccable il expédie l'animal résigné.
Ce fut à pieds, seul dans sa tête, qu'il sortit : signe indien enfin vaincu, laissant percer de délicats sourires aux terriens le saluant:
sa manière de savourer.
Les quatre taureaux qui suivirent, arboraient la bannière Victoriano del Rio, la dépouille du cinquième eut droit aux honneurs de la vuelta
Juan Bautista.
Tabac et or. Estocade : ovation. Avis, estocade en recibir : oreille. Avis, recibir: deux oreilles et la queue&
précédant l'accolade de S. Casas, apparu par surprise.
Il faut bien passer sur la première de ses faenas, celle livrée à l'animal que le sort lui destina : séries brèves, circulaires
impassibles alors qu'Eole se calmait, redondos faisant ronronner les gradins &
Cinquième cornu du jour. Ordres donnés au capote et la réception fut de delantales. Joubert y ajouta le quite composé d'une pincée
de gaoneras : voilà une affaire rondement lancée. Tonitruant tercio de banderilles à l'arlésienne : dignité due au
partenaire, respect des règles. Dédiée aux gradins la faena débuta à genoux près des planches, la muleta tirant le bras de
plus en plus bas. Debout même scénario et, une fois encore l'orchestre entama, pianissimo, la pièce qui métamorphose ce torero pourvu
que le taureau s'y prête. Le Maestro Rodrigo eut-il un jour le sentiment que son Concerto en Aranjuez ferait chavirer certains hommes de
lumières. Juan faisait d'un rustre un taureau mélomane : oublieuse sa mère vache ne l'avait pas informé de pièges nés de
notes l'amenant à vivre, à combattre charmé puis heureux, et que mourir pour mourir que la chose se produise en un moment de bonheur.
Percé par la lame généreuse il s'en vint expirer &sous les gradins des musiciens.
JM Manzanares :
Evêque et or. Estocade : oreille. Estocade, avis : ovation et saluts.
La muleta de JM M joua, appela, disparut animant un bicho réceptif et complice alors que l'orchestre , encore, avec une pièce d'E.
Moricone , infiltrait les deux esprits. Ravi, le maestro applaudit les musiciens.
Le vent gênait l'homme d'Alicante, il peina à trouver son coin d'abri, enfin la faena commença à instiller la douceur mais de
manière irrégulière, le vent encore & le vent qui emporta le rêve de triomphe. Sacré Mistral !